Les poissons de la Baie

La Baie du Mont-Saint-Michel est connue pour être un lieu important de nurserie pour de nombreuses espèces de poissons : soles, plies, raies, bars, mulets…
On estime que 70% des poissons pêchés dans le Golfe normand-breton y ont séjourné à un moment ou à un autre de leur existence.
113 espèces de poissons réparties en 42 familles ont été répertoriées dans les domaines subtidaux et intertidaux de la baie. Parmi celles-ci, 36 espèces sont capturées et exploitées selon les diverses formes de pêche pratiquées en baie. La plie, le mulet porc, le gobie buhotte et le gobie de Norvège présentent les densités les plus importantes tout au long de l’année.

Les différents espèces de poissons sont :

  • Les espèces côtières : il s’agit d’espèces vivant en mer et effectuant des excursions ponctuelles en baie (Tacaud, Lieu).
  • Les espèces euryhalines : elles remontent à marée haute dans les vasières et marais salés car elles supportent les variations de salinité et de température de ces milieux ( Mulet, Bar, Sole).
  • Les espèces autochtones : elles effectuent la totalité de leur cycle en baie, il s’agit essentiellement de gobies qui constituent un maillon essentiel de la chaine alimentaire de la baie.
  • Les espèces migratrices potamotoques (Saumon, Alose, Lamproie) et thalassotoques (Anguille) : elles traversent la Baie au cours de la migration de reproduction.
  • Les espèces fluviales (Brème, Brochet) : elles descendent sur l’estran lors des crues, essentiellement dans les parties endiguées.

Le rôle de la baie pour les poissons

De nombreux poissons marins comme les mulets, les poissons plats et les clupéïdés pénètrent dans la baie pour s’y reproduire. Ces espèces frayent dans les zones peu profondes de février à la mi-avril sur les côtes atlantique et bretonne.
La productivité primaire et secondaire de l’estran représente une importante ressource de nourriture pour les poissons et pour les espèces spécialisées telles que les soles, plies et bars. A marée haute, les criches et les marais salés fournissent également la nourriture à des espèces comme les mulets, les gobies, les plies et les juvéniles de bars. S’ils ne restent pas dans la zone de balancement des marées, les jeunes poissons s’installent dans les estuaires ou remontent dans les cours d’eau.

Productivité des zones côtières et estuariennes

Productivité des zones côtières et estuariennes

La Baie joue un rôle primordiale pour la sole commune dont près de 3 millions d’individus exploitent l’estran en automne chaque année. Elle constitue la plus importante zone de nurserie de soles communes de la Manche.
La Baie du Mont-Saint-Michel représente aussi une zone de nurserie importante pour le merlan, la dorade grise, le tacaud, le grondin perlon et la raie bouclée.

(A lire : Le rapport planète vivante océan 2015 de la fondation WWF alerte sur la diminution du stock de poisson. (Lien Rapport-Planete-Vivante-Oceans-2015))

Les poissons migrateurs

La baie est un point de passage obligé pour plusieurs espèces de poissons migrateurs (saumon, truite de mer, anguille, lamproie marine et fluviatile, grande alose et alose feinte, mulet porc et flet). Le saumon tout particulièrement contribue à la renommée des fleuves côtiers Sée, Sélune et Couesnon.
A partir du milieu du XIXème siècle, les effectifs bretons et normands des poissons migrateurs ont largement décliné suite à l’apparition de barrages hydroélectriques notamment.
Cependant, les poissons migrateurs sont encore relativement abondants en Bretagne et en Normandie grâce notamment à la présence d’un grand nombre de petits bassins versants côtiers pour lesquels la distance qui sépare les frayères de la mer est faible.

Aloses (photo de Jean-Luc Baglinière)

Aloses (photo de Jean-Luc Baglinière)

Le saumon, la truite de mer, la grande alose, l’alose feinte, les lamproies marine et fluviatile, se reproduisent dans les rivières et grossissent en mer.

Tacon de la Croisette (Photo de Cédric DOARE)

C’est l’inverse pour l’anguille qui pond en mer des Sargasses, au large de la Floride, et effectue sa croissance dans les eaux continentales d’Europe et d’Afrique du nord.
La durée de vie des poissons migrateurs est très variable, de 2 ans minimum pour le saumon à 15 ans et plus pour certaines anguilles.

Zone d’habitat rapide en haute Sélune (photo Jean-Luc Baglinière)

Le Plan de Gestion des Poissons Migrateurs

Le PLAGEPOMI émet des orientations et des recommandations en vue de permettre une gestion des milieux et des activités humaines compatibles avec la sauvegarde des espèces de grands migrateurs.

La gestion des poissons migrateurs à l’échelle des grands bassins fluviaux est assurée localement par les Comités de Gestion des Poissons Migrateurs (CoGePoMi) regroupant l’ensemble des acteurs concernés. Ils mettent en place des Plans de gestion des poissons migrateurs (PlaGePoMi) qui fixent pour 5 ans les mesures utiles à la reproduction, au développement, à la conservation et à la circulation des espèces, les plans de soutien d’effectifs ainsi que les conditions d’exercice de la pêche dans leurs bassins respectifs. Ces plans intègrent, entre autres, les déclinaisons locales des plans nationaux de gestion de l’anguille et du saumon en tenant compte des caractéristiques du territoire et des moyens humains et techniques disponibles.

En jaune : les outils de cadrage, en rose : les outils de gestion, en vert : les outils de protection des habitats et en bleu les outils relatifs à la libre circulation

Dans nos cours d’eau, on dénombre 7 espèces de grands migrateurs : saumon, anguille, aloses (grande alose et alose feinte), lamproies (lamproie marine et lamproie fluviatile), truite de mer, mulet porc et flet.

Le PLAGEPOMI est le document de référence en matière de gestion de ces grands migrateurs. Il vise à la préservation, à la protection de ces espèces emblématiques. Pour cela, il détermine, pour une durée de 5 ans, par bassin, par cours d’eau ou par groupe de cours d’eau :

  1. Les mesures utiles à la reproduction, au développement, à la conservation et à la circulation des poissons migrateurs, sous réserve des dispositions prévues par l’article L 432-6 du code de l’environnement
  2. Les modalités d’estimation des stocks et de la quantité de poissons migrateurs qui peut être pêchée chaque année ;
  3. Les plans d’alevinage et les programmes de soutien des effectifs ;
  4. Les conditions dans lesquelles sont fixées les périodes d’ouverture de la pêche (cf. arrêtés préfectoraux en vigueur)
  5. Les modalités de la limitation éventuelle des pêches, qui peuvent être adaptées en fonction des caractéristiques propres à la pêche professionnelle et à la pêche de loisir ;
  6. Les conditions dans lesquelles sont délivrés et tenus les carnets de pêche.
En jaune : les outils de cadrage, en rose : les outils de gestion, en vert : les outils de protection des habitats et en bleu les outils relatifs à la libre circulation.

Gestion des populations amphihalines

Voir le Plan de Gestion de gestion des Poissons Migrateurs du bassin Seine-Normandie, du bassin de la Loire, des Côtiers Vendéens et de la Sevre Niortaise et de Bretagne.

Un fort enjeu de conservation du saumon atlantique à l’échelle du système Baie du Mont-Saint-Michel

Le saumon atlantique est une espèce emblématique de la Baie du Mont St Michel et des fleuves côtiers du sud Manche. Inscrit au blason du Mont St Michel, ce grand poisson migrateur est attaché à l’histoire des familles de pêcheurs de la baie. Du Couesnon à la Sienne, il est aussi au centre des pratiques de pêche à la ligne depuis le XIXème siècle.

Espèce patrimoniale, le saumon est une espèce aujourd’hui fragilisée par les modifications océaniques et classée « vulnérable » sur la liste européenne de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

Dans ce contexte, la baie et ses fleuves côtiers (Couesnon, Sée et Sélune) constituent encore un réservoir biologique majeur pour l’espèce en Europe. Il y a donc un fort enjeu de conservation du saumon à l’échelle du territoire.

Pour cela, de nombreux acteurs locaux travaillent depuis plusieurs années à la mise en œuvre des stratégies d’amélioration de la qualité des eaux, des milieux aquatiques et humides et de la biodiversité associée.

« Une pêche responsable pour conforter l’avenir du saumon
dans la baie du Mont St Michel et ses rivières »

En rivière, un quota de capture existe depuis 1996 sur les cours d’eau à saumons. Il fixe le Taux Admissible de Captures (TAC) correspondant au maximum de saumons pouvant être prélevés sans atteintes à la conservation de l’espèce. C’est un outil de gestion majeur des populations de saumons : les pêcheurs à la ligne ont obligation de baguer et déclarer les poissons prélevés.

Une réglementation en baie rénovée

En baie, vaste espace de transition pour les juvéniles comme pour les saumons adultes, l’activité de pêche des salmonidés était jusqu’à présent peu encadrée, mais elle bénéficie aujourd’hui d’une nouvelle réglementation (PDF). En effet, à l’issue de plusieurs années de concertations entre pêcheurs, acteurs de l’environnement et pouvoirs publics, un nouvel arrêté préfectoral est paru en 2017. Dorénavant, les pêcheurs de salmonidés en baie ont eux aussi à déclarer leurs captures, ce qui permet un suivi en temps réel des prélèvements. En outre, seuls les pêcheurs ayant obtenu une autorisation de pêche à la raquette en baie auprès de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) peuvent prélever des salmonidés.

Pour les pêcheurs de salmonidés à la raquette, la déclaration des captures se fait à l’Écomusée de la Baie, musée du Département de la Manche, qui est pour trois ans le guichet unique pour le renouvellement des bagues. L’occasion aussi pour l’Ecomusée de poursuivre, avec l’aide des pêcheurs, ses recherches sur la pêche traditionnelle du saumon, composante d’un patrimoine immatériel vivant de la baie du Mont.

Ainsi, depuis le 1er juillet 2018, par le respect des réglementations et la déclaration systématique des captures, les pêcheurs maritimes de loisir sont impliqués aussi dans le développement d’une pêche responsable.

Vers une gestion « Terre-Mer » du saumon

C’est ainsi à l’échelle plus large et complète de la Baie et des fleuves côtiers Sée, Sélune, Couesnon (+ Sienne) que la gestion du saumon est à présent appréhendée. Avec le concours de l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB), un « Plan de Gestion Terre-Mer » (PGTM) des salmonidés migrateurs, actuellement en cours de finalisation, sera intégré au prochain Plan de Gestion des Poissons Migrateurs (PlaGePoMi) Seine-Normandie.

En conjuguant les attentes des acteurs locaux dans les territoires (pêcheurs mais aussi élus, professionnels du tourisme, etc.) et les connaissances scientifiques sur les salmonidés, le PGTM du saumon dans le système de la Baie du Mont St Michel posera les mesures de gestion à mettre en œuvre pour conforter, collectivement, l’avenir du saumon.

Contact

Olivier THOMAS
Chargé de Mission
Pêche des salmonidés en baie
Gestion Terre-Mer et inter-bassins du saumon
Inter-Sage de la Baie du Mont Saint Michel
Courriel : thomas.olivier@intersage-baiedumont.fr


Pour plus d’informations sur le dispositif réglementaire de pêche des salmonidés en baie :

Arrêté ministériel du 1er octobre 1984 (PDF) – Interdit la pêche des salmonidés en Baie du Mont Saint Michel entre la Limite de Salure des Eaux et Tombelaine(Lien vers l’arrêté)

Arrêté 77/2017 (PDF) – Abroge l’arrêté 115/2008 et réglemente la pêche des salmonidés dans la Baie du Mont Saint Michel dans la zone autorisée.(Lien vers l’arrêté)

Synthèse de la réglementation rénovée (.PDF à télécharger)


Pour mieux connaître les poissons migrateurs :

Normandie Grands Migrateurs – http://normandiegrandsmigrateurs.fr/

 Bretagne Grands Migrateurs –http://www.observatoire-poissons-migrateurs-bretagne.fr/


Pour mieux connaître la pêche traditionnelle des salmonidés à la raquette (Bibliographie) :

Conseil Départemental de la Manche, 2015, Les travailleurs de l’estran. Du havre de Régneville à la baie du Mont-Saint-Michel, Bayeux, Coll. Patrimoine & Territoire, Editions OREP, 78 p.

Lecoq J., et Coupard M., 2005, La pêche à pied en baie du Mont-Saint-Michel. Témoignages et Récits, Joué-lès-Tours, éd. Alan Sutton.

Piquois C., 1988, Le saumon dans la Baie du Mont-Saint-Michel, Le Viquet, n°80, p.158-170.